4 – Sublimette et son fil qui claque.

Comme toute Femme enceinte qui se respecte, vous êtes un gros baleineau qui se traine depuis bientôt 22 longues semaines.

Votre grossesse est difficile, mais vous vous consolez en pensant que votre bébé lui va bien, confortablement installé au chaud au creux de votre ventre.

Voilà 3 semaines que vous commencez à le sentir bouger et surtout un peu plus d’une semaine que les nausées se sont arrêtées, vous rendant un semblant de vie, nettement plus confortable.

Mais vous passez tout de même votre temps à râler :

Vous êtes trop grosse, moche, vous avez envie de champagne et de cigarettes, vous ne pouvez plus faire 1heure de voiture sans être épuisée.

Vous arrivez maintenant pilepoil au milieu de votre grossesse et il va falloir tout doucement  penser à commencer à préparer psychologiquement l’accouchement.

Par étape, vous allez y arriver …

 

En tout cas, vous avez trainé la semaine dernière le Père de Votre Enfant chez Petit Bateau et acheté le premier ensemble de naissance :

Le body, sans manche pour le mois de juin, le petit gilet s’il a froid, le bonnet, les moufles en tissu pour ne pas qu’il se griffe, et surtout le petit doudou lapin.

Tout en blanc, puisque vous ne connaissez pas encore le sexe de votre bébé.

Et vous trépignez d’impatience, forcément.

Vous aurez l’écho du 5ème mois le 14 février.

Autant dire la plus belle Saint-Valentin de toute votre vie …

 

En attendant, vous avez rendez-vous pour une petite visite de contrôle avec Willy, votre sage femme génialissime qui vous suit depuis la conception de votre sublimissime BB.

Juste une visite de routine.

Suivit d’un cours d’haptonomie, qui vous fait râler à chaque fois, mais que secrètement vous adorez, car vous aimez voir le Père de Votre Enfant, toujours maladroit, essayer de jouer avec son bébé.

Bref, un jeudi soir ordinaire dans la vie d’une jeune femme enceinte.

Willy vous a d’abord reçu, il vous a un peu disputé parce que vous êtes trop stressée, vous a fait un arrêt de travail définitif jusqu’à l’accouchement, vous a fait monter sur la balance et vous a encore disputé pour les 14 kilos que vous avez pris en 22 semaines.

Vous avez un peu grogné, et il vous auscultée comme d’habitude.

Puis il a pris son petit appareil pour écouter le cœur du bébé comme d’habitude.

Et il n’a pas réussi à l’entendre.

Vous  avez fait une petite blague à la Sublimette en demandant si c’était la nouvelle couche de graisse qui couvrait le bruit.

Il a  souri, en disant que ça devait surement être ça.

Il vous a dit qu’on allait descendre à la maternité pour faire une vraie échographie, histoire de voir le pourquoi du comment.

 

Lui savait déjà,

Vous, vous êtes dit, comme une conne, que vous alliez connaître le sexe du bébé une semaine en avance.

 

Vous avez attrapé le Père de Votre Enfant qui attendait dans la salle d’attente et vous avez grimpé tous les trois dans l’ascenseur.

Vous avez commencé à avoir un doute.

Vous ne saviez pas quoi, une espèce de vague de terreur qui grandit en vous sournoisement, mais que vous avez chassée.

 

Vous vous êtes couchée  sur la table, vous avez eu l’impression que Willy prenait son temps, comme pour reculer le moment.

Il a mis du gel, a regardé, retourné fait bougé l’appareil dans tous les sens sur votre gros ventre.

Vous avez senti la main du Père de Votre Enfant serrer très très fort la votre.

Il est sortit et revenu accompagné d’une de ses collègues, qui entra, avec un sourire forcé.

Vous vous êtes raccroché  à la dernière lueur d’espoir qu’il pouvait subsister en vous.

La dame s’est assise, a pris l’appareil et à chercher votre bébé.

Tout doucement.

Attentivement.

Pour être bien sûre de ne pas commettre d’erreur.

Et puis, vous l’avez vu : le petit rictus du médecin qui traine à t’annoncer une  nouvelle merdique.

Et enfin, elle l’a dit :

Je suis désolée, je n’ai plus d’activité cardiaque.

 

Voilà. 8 petits mots, 1 petite phrase, qui vous pulvérise le cœur.

Une douleur que vous n’aviez jamais ressentie auparavant.

 

Dans la clinique, dans la rue, dans le quartier, dans Paris, dans toute la France, de partout, des millions de gens étaient à ce moment précis en train d’acheter du pain, de s’éngueuler avec leur boss, de faire l’amour, d’écouter la radio dans les bouchons, de se faire larguer, de rire, de faire les courses pour le diné de ce soir, d’attendre leur métro, de regarder Morandini, de se préparer pour un rendez-vous galant, de téléphoner à leur grand-mère, de courir au bois de Vincennes, de chanter sous la douche, de boire une coupe de champagne.

Vous, à ce moment précis, vous avez perdu votre enfant.

 

On vous a remonté dans le bureau de votre sage femme.

 

Vous n’avez pas bien écouté ce que disaient entre eux les médecins et le Père de Votre Enfant.

Dans un flou presque comateux, vous avez compris quelques bribes de mots :

Lexomil, provoquer l’accouchement, hospitalisation, péridurale, déclaration et livret de famille…

Vous, vous aviez les yeux baissés sur votre gros ventre, la bouche légèrement ouverte et vos mains posées en barrière de protection de fortune, dorénavant inutile.

 

Vous vous êtes dit que c’était juste un cauchemar, que les médecins s’étaient trompés.

Puis vous avez levé les yeux vers le Père de Votre Enfant.

A sa tête déconfite et son regard perdu, vous avez compris que vous alliez passer un week-end de merde.

 

Face à vous, dans le froid de ce jeudi de février, la tour Eiffel s’est illuminée.

Il était 21 H.

- Mais donc, ça veut dire que lundi soir, je ne serai plus enceinte ?

- Oui.

- Et je fais quoi après ?

- Vous vivez.

Ah, bon, vous allez vivre…

2 commentaires à “4 – Sublimette et son fil qui claque.”


  1. 0 charlotte 21 fév 2012 à 16:17

    Je suis vraiment désolée pour toi ! J’avais beaucoup de plaisir à lire tes histoires et je n’avais jamais mis de commentaire. Ma maman a eu un bébé mort juste avant de m’avoir, et elle est retombée enceinte 1 mois après de moi, alors qu’elle avait perdu tout espoir, et les médecins étaient très pessimistes quant à sa nouvelle grossesse.

    Ne perds pas espoir, prends tout le temps qu’il te faudra pour faire le deuil de ton enfant et je penserai fort à toi. De la part d’une inconnue cela ne t’aide pas beaucoup, mais je pense à toi.

    Courage !

  2. 1 Elle 22 fév 2012 à 16:11

    « Je suis désolée, je n’ai plus d’activité cardiaque. »
    Je te lis et je pleure en silence, car j’ai vécu la même situation il y a 10 jours, à cette différence près que ma grossesse était moins avancée que la tienne.
    Je partage toute ta peine et ton désarroi.
    Je sais, ce n’est qu’une toute petite aide, et encore…
    Courage, et tonnes de pensées de réconfort.

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