Archives pour la catégorie

5 – Sublimette et sa spéciale dédicace à l’inventeur de la péridurale.

Comme toute femme venant d’accoucher d’un enfant né sans vie qui se respecte, il vous faut quelques jours pour réaliser ce qu’il vient de vous arriver.

Après un week-end douloureux, vous êtes rentrée chez vous le ventre dégonflé et une séduisante culotte en résille blanche garnie d’énormes serviettes hygiéniques que seules les femmes venant de mettre bas peuvent connaître.

Vous essayez de vous remémorer les derniers jours.

De jeudi soir à lundi matin.

Une sorte de grand trou béant dans votre Ical.

Une centaine d’heures, c’est rien à l’échelle d’une vie.

 

Votre corps porte les traces de ce qu’on vous a fait:

Un énorme bleu sur votre bras droit : une perfusion qui a mal tournée.

Des piqures qui grattent sur le haut de votre fesse et sur votre cuisse : des injections de morphine libératrices.

Deux grosses cernes  marrons sous les yeux : la fatigue et le manque de sommeil.

Une petite bosse dans le dos : l’emplacement de la péridurale.

Un curieux  hématome qui a l’air de s’être formé à l’intérieur de votre ventre : l’obstétricien qui vous a fouillé.

Des litres et des litres de sang qui s’échappent : la fin définitive de votre grossesse.

 

Le Père de Votre ex-Enfant, plus que présent et à la limite de l’héroïsme pendant ce week-end, prend le temps de répondre à vos questions, de vous raconter, de vous rappeler, de vous détailler.

Vous avez besoin de vous souvenir.

 

On vous a donc renvoyé tous les deux chez vous le jeudi soir avec une boite de Stilnox pour passer la nuit.

Et vous êtes retournés à la maternité le lendemain pour commencer la  « procédure ».

 

On vous a demandé si vous vouliez voir votre enfant après.

Le Père de Votre ex-Enfant a été catégorique, non.

Vous, vous ne saviez pas si vous auriez la force.

Alors vous avez demandé à le voir là maintenant à l’échographie.

En fait, une idée germait dans votre tête.

Ils se sont trompés et votre bébé est bel et bien en vie.

 

C’était une petite fille.

Et quand vous l’avez vu à l’écran toute enroulée sur elle-même, ne bougeant pas, si fragile, vous avez compris que oui, elle ne vivait plus.

 

On a commencé à vous parler des différentes étapes de la  » procédure » jusqu’à « l’expulsion« 

C’est à ce moment que vous avez compris que par « procédure » et « expulsion », on voulait dire « accouchement ».

 

On vous a donné 2 petits cachets blancs, pour provoquer des contractions.

C’est là toute l’ironie de l’histoire.

5 mois de grossesse à  refuser même un malheureux spasfon et on vous demande de prendre un truc qui va abimer votre bébé.

 

On vous a demandé si vous vouliez déclarer votre bébé, lui donner un nom, l’inscrire sur votre livret de famille.

Vous n’en saviez foutrement rien.

 

On vous a dit que vous ne serait pas obligé de souffrir, que vous pourriez avoir une péridurale.

Vous avez refusé net.

Il vous semblait naturel de souffrir.

Vous deviez être punie.

 

On vous a hospitalisé.

A l’étage maternité, comme une maman normale.

On vous a  enfoncé des bâtonnets pour dilater le col de votre utérus.

Et on vous a dit d’attendre.

On vous a fouillé, piqué, manipulé, shooté.

Votre vagin a été un open-bar pendant tout le week-end.

Apparemment, seule la femme de ménage ne vous a pas mis deux doigts.

 

Et puis, le dimanche matin, après deux longues journées d’attente, elles sont arrivées.

Les contractions.

D’une violence insoutenable.

D’un seul coup, votre corps se tordait de douleur.

Toutes les 6 secondes.

À titre comparatif, pour vous, Messieurs qui lisez ce blog, pensez à une pince qui tordrait votre boule gauche pendant 13 secondes et qui vous laisserait 6 secondes de répit.

 

Là vous avez eu très peur.

Effroyablement peur.

Vous vous êtes dit que vous alliez mourir.

 

Il était temps de monter au plateau technique.

Et de vous faire une péridurale.

Parce que c’était trop dur pour vous.

Le Père de Votre ex-Enfant, comptait avec vous les 13 secondes de souffrance toutes les 6 secondes, en attendant les longues, longues minutes jusqu’à l’arrivée de l’anesthésiste.

 

Vous avez eu peur que l’aiguille vous transperce la colonne.

Et puis en quelques secondes, plus rien.

Plus aucune sensation.

Juste la peur.

Tout s’est passé très vite ou très lentement, vous ne savez plus.

Le Père de Votre ex-Enfant  vous tenait la main.

Vous avez senti l’équipe médicale s’afférait autour de vous, l’obstétricien vous fouiller, l’anesthésiste vous tenir l’autre main.

 

- Voilà, Sublimette, c’est fini, tout c’est bien passé.

- J’ai le droit de pleurer maintenant ?

- Oui.

 

Vous avez eu une envie viscérale de voir votre petite fille.

Le Père de Votre ex-Enfant  est resté vous tenir la main, mais ne la pas regardé.

Une belle, très jolie et toute petite fille.

Un nez parfait des petits yeux clos, des petites mains toutes froides.

Vous regrettez de ne pas l’avoir pris dans vos bras.

Vous n’en avez pas eu le courage.

 

Vous lui avez donné un joli prénom.

Qui n’a rien à voir avec les prénoms que vous aviez choisi depuis plus d’un an.

 

Et puis vous avez signé les formulaires pour qu’on l’emmène…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



OF radio production |
blagues |
vos anecdoctes |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | anna34
| bougerprovoqueundeplacement
| mistersetkaracnaha