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10 – Les premières fois de Sublimette.

Comme toute Non-Maman en congé maternité, après quelques semaines déconnectantes au Brésil, vous voilà replongée dans les méandres de la vie réelle.

Et vous vivez ces derniers temps un paquet de premières fois.

Votre Premier Livret de famille.

Un tas de bouts de papiers reliés qui était sensé être du pur administratif, et qui, au fil des jours devint un passeport pour la justification de votre perte.

Vous aviez donc envie de vite le recevoir.
Évidemment, comme rien ne vous sera épargné, il vous aura fallu 3 mois et 14 coups de téléphone pour retrouver sa trace.
La dame de l’état civil du 11eme (lieu de naissance de votre fille) l’a envoyé à la dame de l’état civil de Valence (votre lieu de naissance), qui l’envoya à la dame de l’état civil de Strasbourg (lieu de naissance de l’ex-Père de votre Enfant) qui le perdit.
Le monsieur de l’état civil du 20eme (votre lieu de résidence) vous expliqua que dans ces conditions, il fallait refaire une demande avec le formulaire X33 .
Vous lui avez expliqué où il pouvait se ranger son X33.
Il vous a rétorqué que si vous n’aviez pas votre livret de famille pour votre premier enfant, vous ne pourriez pas inscrire un futur deuxième, alors que bon, le X33 vous alliez le remplir.
Vous vous êtes mise à pleurer.
Il vous a rappelé en fin de journée pour vous dire qu’il avait fait du «ménage» et qu’il avait retrouvé par «hasard» votre livret de famille dans un «carton».
Vous aviez envie de lui d’aller se faire enculer à sec avec des graviers.
Mais, raisonnable, vous lui avez gentiment demandé de vous l’envoyer.

Quand vous avez ouvert votre livret de famille à la page Premier Enfant, vide, l’acte de décès n°72 complété en bas, vous avez vraiment réalisé à quel point votre petite fille allait vous manquer toute votre vie.

Votre Premier retour de couches.

Vous les avez attendues comme une ado, ces  premières règles qui allaient refaire de vous une femme, une vraie.
Vous pensiez que  vous alliez vous sentir mieux, que c’était le top départ d’un nouveau départ.
Vous en avez eu pour votre argent.
Crampes et hémorragie, vous avez agonisé pendant 3 jours sur le canapé, implorant du spasfon.
Voilà maintenant c’est fait, vous pouvez re-ovuler.
Voilà,maintenant c’est fait, vous n’êtes définitivement plus enceinte. 

Votre Premier mensonge.

Ça s’est passé un dimanche matin, dans les rues de votre village d’enfance.
Vous avez croisé votre ancienne maîtresse d’école.
Après les effusions de rigueur,elle vous a posé La question.
Celle que vous redoutiez depuis des semaines.
« Alors Sublimette, tu as des enfants ? »
Vous avez ouvert la bouche et vous avez retenu la réponse.
On répond quoi à une quasi inconnue ?
Un grand sourire et :
« Non, je n’ai pas encore d’enfant. »

Renier l’existence de votre petite fille vous a arraché la bouche.
Mais que faire d’autre ?
Dire oui et devoir expliquer le pourquoi du comment ?
« Oui, mais non, enfin j’étais enceinte, mais mon bébé est mort, alors oui, j’ai une petite fille, mais non, je n’ai pas d’enfant ...« 
Ou dire non et passer à autre chose…
Voilà, ça va être ça votre nouvelle vie.
Toujours hésiter entre le OUI-qui met mal à l’aise et le NON-mensonge.

Votre Première fois de toxico en manque.

Vous avez passé ces dernières semaines à vous gaver de cachetons que votre Docteur des Pieds vous a prescrit.
1 pour être dynamique,1 pour ne pas vous tailler les veines ,1 pour dormir.
Le tout arrosé de cabernet sauvignon et accessoirement de marijuana.
Un mélange somme toute bénéfique puisque vous vous sentez de mieux en mieux (la fameuse étape 4)

Forte de ce regain d’enthousiasme pour la vie, vous avez décidé, à la fin de votre plaquette de somnifères, de tout arrêter.
2 nuits blanches, c’est tout ce que vous avez pu tenir.
Vous vous étiez habituée à vous endormir sans penser.
Intenable.
Vous arrivez donc ventre à terre et épuisée de fatigue à la pharmacie la plus proche de la maison de vos parents, avec votre ordonnance valable 3 mois.
Regard dédaigneux de la pharmacienne.
Impossible de vous vendre quoi que ce soit, pour les opiacés, c’est une ordonnance par mois.
Vous lui expliquez qu’à Paris, votre ordonnance marche.
Elle vous explique qu’à Paris on peut se déchirer aux frais de la sécu, mais pas en province.

C’est là que vous avez fait un truc dont vous ne vous saviez pas capable.
Vous avez supplié.
D’abord gentiment, puis en larmes, puis vous vous êtes énervée, puis vous avez menacé.
La pharmacienne à appeler sa supérieure qui décida d’appeler votre Docteur des Pieds, qui n’était pas dispo.
Fin de la discussion, vous n’aurez droit à rien.
Vous avez donc rappelé votre psy chez elle à 20H30, pour retourner le lendemain, telle une droguée va chez son dealer, chercher votre dose, que la pharmacienne a consentie à vous vendre,après le coup de fil rassurant de votre médecin, mais uniquement une plaquette de 7 cachets, sous réserve que vous vous rendiez fissa à Paris chez votre Docteur des Pieds pour avoir le reste.
Humiliation, c’est le mot que vous cherchez.

 

C’est à ce moment-là de votre périple, à ce moment-là de votre vie, là, juste devant la pharmacie, après tant de difficultés pour tomber enceinte, après tant de sacrifices, de fatigue et de gerboulades pendant votre grossesse, après tant de douleur pendant votre accouchement, après tant de déformation de votre corps et tant de baisse d’estime de soi, après tant de souffrance qui vous broie les tripes ces 3 derniers mois, après tant d’incertitudes sur votre avenir et surtout sur la femme que vous êtes en train de devenir, c’est à ce moment-là, avec votre boite de cachetons qui vous font tenir le coup à la main, que vous vous êtes demandé pour la première fois de votre vie comment vous avez pu en arriver là.
Où vous avez trouvé la force pour y arriver.

 
Comment la nana de 25 ans, célibataire en escarpins, qui pensait que la vie était juste une grosse éclate et que tout était possible, qu’il suffisait juste de se baisser pour ramasser,qui aimait rire, danser, sortir, manger,tawiner,voyager,se faire belle et vivre, a pu se transformer en ça.
En une nana de 31 ans aux cheveux gras,au soutien-gorge jauni, en jean moulant sa graisse,T-shirt trop large et ugg crados, qui supplie une pharmacienne pour un somnifère.

Alors, dans un élan de positivisme qui subsiste et qui vous a toujours caractérisé, vous vous êtes dit que ça aurait pu être pire.
Vous auriez pu être Iranienne, violée/voilée, mariée de force à un monsieur poilu de trois fois votre âge.

Et du coup, tous vos soucis se transforment en problèmes de bourgeoise.

Cela dit,avec le voile, vous auriez pu au moins cacher vos cheveux gras.

 

 

9 – L’étape 3 de Sublimette.

Comme toute ex-Future Mère de Famille qui se respecte,vous traversez vaillamment les différentes étapes de la progression du deuil, expliquées dans votre Guide de la Parfaite Femme en Deuil Périnatal.
Vous arrivez à l’étape 3.
Vous avez vidé et loué votre appartement d’ex-Célibataire Parisienne en Escarpins, entassé votre vie dans la cave et dispatché votre nécessaire de survie dans la tanière de l’ex-Père de Votre Enfant.
Ce dernier vous a élégamment fait remarqué, en regardant autour de lui vos petites culottes et cartons de produits de beauté, qu’AVANT il avait un appartement, MAINTENANT, il a une femme.
Notons, ironie du sort, que son appartement, quand bien même est-il un loft moderne avec terrasse, est situé en banlieue. Ce qui fait fi du même coup de vos Principes de Vie n°1 et n°5 .
Vous avez de toute façon depuis quelques semaines mis les voiles au Brésil,chez votre BB Frère (25 ans), fraichement marié à Beautiful Sister, (bombe bresilienne taille 34).
Vous avez tout de suite compris que votre Petite Maman a laissé des consignes strictes à BB Frère pour sa grande soeur : 
Lui aussi vous confie des petites-missions-anti-taillage-de-veines (nettoyer ses caleçons, faire les courses… ), a retiré la javel et les rasoirs des placards, ne vous laisse jamais seule, et vous sors régulièrement.
Donc, si vous résumez, sur les 5 étapes de la progression du deuil périnatal à suivre, vous en avez franchi 3, il ne vous en reste plus que 2.
Vous avez presque l’impression de faire partie des Alcooliques Anonymes.

La première étape : le choc et le déni.
Un soir de février, vous apprenez que votre bébé est mort. 
Vous êtes en état de choc. 
Vous avez  juste  l’impression d’être dans un mauvais rêve, que vous allez vous réveiller,vous refusez de croire ce qui vous arrive. 
Le déni, un mécanisme de défense qui permet de rester en contrôle de la situation.

La deuxième étape : la désorganisation.
La  plus difficile à franchir.
Une fois rentrée chez vous après un accouchement atroce et après une semaine de flottement, vous avez réalisé pleinement le bordel.
Le vide qui vous habite est intolérable et très angoissant. 
Les tâches habituelles du quotidien (faire le plein, réserver un billet de train, manger, se coiffer …) paraissent impossible.
Vous êtes autant affectée psychologiquement (l’impression de devenir folle) que physiquement (le fameux post-partum, vraiment sympa à se coltiner)
Vous ressentez plein d’émotions différentes comme la colère (putain, pourquoi ?) ou la culpabilité (qu’ai-je fait de mal ?) . 
Parfois, vous avez même ressenti le désir d’aller rejoindre votre fille.
Vous avez besoin de parler et de penser à votre bébé, de vous le rappeler, d’être empreint de son souvenir.
Vous ne pouvez pas dormir sans son petit lapin blanc, acheté quelques jours avant de savoir, de regarder les photos des echographies et le petit carton avec ses empreintes de pieds.
Apparemment, vous n’êtes pas folle, cette attitude est saine et est nécessaire, afin de vous aider à cheminer et à apprendre à vous détacher petit à petit de ces souvenirs.

La troisième étape : La réorganisation.
Dés votre arrivée à Sao Paulo, vous avez commencé à être mieux.
Partir au Brésil étant une judicieuse décision, vous aviez besoin d’être seule et de porter des robes (le jean étant réellement boudinant quand on a 10 kilos de grossesse à perdre)
Vous dormez de vraies nuits de 10h,sans cauchemars, vous avez presque l’impression de vous reapproprié votre corps (et votre cerveaux).
La vie reprend son cours tout doucement.
Les périodes de souffrance sont moins fréquentes et moins intenses.
Vous réussissez à penser au bébé sans pleurer et même à passer de longs moments à ne pas y penser.
Vous ressentez tout de même  une certaine culpabilité face à cet « oubli » du bébé. 
Vous attendez donc avec beaucoup d’impatience l’étape 4, la réappropriation (vous allez recommencer à élaborer des projets) suivie de l‘étape 5, la transformation (en gros, la guérison).
Toujours selon votre guide de la parfaite femme en deuil périnatal, vous en avez pour 6 mois minimum à tirer.
Espérons que le temps passe vite …


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